- Rapports d’étude
(FR) Impact des éoliennes sur le développement des colonies de grand murin (Myotis myotis) en Europe
Cette étude vise à analyser les impacts potentiels du développement éolien sur les populations de grand murin (Myotis myotis). À ce jour, la mortalité directe liée aux éoliennes, par collision ou barotraumatisme, apparaît extrêmement faible, voire négligeable pour cette espèce. En revanche, la question des effets indirects, notamment via des phénomènes d’effarouchement susceptibles d’entraîner une perte d’habitats de chasse, reste ouverte. Notre approche de cette question est de déterminer si de tels effets supposés peuvent influencer la dynamique des populations, en affectant leur état de santé, leur reproduction ou leur survie. Afin d’y répondre, l’étude s’articule autour de cinq questions de recherche regroupées en trois volets complémentaires.
Le premier volet consiste en un benchmarking sur l’état de santé du grand murin en Europe, sa sensibilité à l’éolien et les menaces qui pèsent sur cette espèce. Il montre que le grand murin présente un statut de conservation variable mais généralement défavorable à l’échelle des régions étudiées. Dans la majorité des pays, l’espèce n’est pas considérée comme un facteur particulièrement limitant pour le développement éolien. Les guides d’évaluation environnementale analysés indiquent une faible sensibilité du grand murin au risque de mortalité. Les guides allemands renseignent en plus un impact possible par effarouchement sur les sites de repos, les sites de reproduction et les habitats de chasse. C’est en Wallonie que l’enjeu pour cette espèce est considéré comme le plus marqué.
Le deuxième volet analyse la dynamique des populations de grand murin en lien avec le développement éolien local, sur la base de séries temporelles de colonies de reproduction dans 6 pays européens couplées à des données spatialisées sur les éoliennes. Les résultats issus de modèles statistiques mettent en évidence une augmentation significative des effectifs au cours du temps, indépendamment du nombre d’éoliennes présentes à proximité. L’interaction entre le temps et la densité de turbines n’est pas significative, indiquant l’absence d’effet mesurable des éoliennes sur la dynamique des colonies. Les analyses comparant les situations avant et après implantation d’éoliennes confirment ces résultats : aucune modification significative des tendances n’est observée, et les variations détectées restent faibles et non corrélées au nombre de turbines.
Le troisième volet explore l’influence des changements d’occupation du sol sur les dynamiques de population. Il met en évidence un effet significatif des transformations paysagères, avec un impact négatif différé de l’urbanisation et, à l’inverse, un effet positif différé associé aux milieux agricoles et pâturés sur la probabilité de croissance des colonies. Ces deux effets reflètent un processus unique, la conversion progressive des terres agricoles en zones urbanisées.
Dans l’ensemble, les résultats indiquent que le développement éolien ne constitue pas un facteur explicatif majeur des variations de populations de grand murin à l’échelle européenne. La dynamique globalement favorable s’explique par le retour progressif de l’espèce après son déclin historique massif au milieu du XXème siècle. Les différences de tendance observées entre colonies semblent davantage influencées par d'autres facteurs que la présence d’éoliennes, tels que l’occupation du sol, soulignant l’importance des enjeux liés à la qualité et à la disponibilité des habitats dans la conservation de l’espèce.
